Vous avez dit contrôle des pauvres ?

La fameuse « circulaire Collomb » a défrayé la chronique et les passions, toutes idéologies confondues. Au-delà des faits, c’est la signification de ce genre de décision politique qu’il nous faut interroger.

Qui sont les publics des Centres d’Hébergement d’Urgence ? Ce sont les vagabonds de l’âge classique, pauvres hères jetés sur les bas-côtés de la route d’une société qui ne cesse de produire des « exclus ». Ombres portées d’un système de gaspillage, ils se faufilent dans les interstices des dispositifs où certains ont tout et d’autres rien. Ils échouent dans les lieux de relégation que les nantis ont conçus, non pour eux mais pour leur bonne conscience. Ils ne demandent rien que l’essentiel : un toit pour dormir, un peu de chaleur en hiver, quelques miettes pour survivre.

Cette « horde » des « sans », uniquement identifiés par ce qu’ils n’ont pas ou plus, est semblable à celle qui peuplait les hôpitaux généraux de l’ère du « grand renfermement » identifiée par Michel Foucault. Ils sont indistinctement jeunes ou vieux, malades ou fous, éclopés ou brigands, français ou étrangers.

Mais c’est sur cette dernière caractéristique que le bât blesse (car ce sont bien des « ânes bâtés »). On peut avoir des asiles pour ces « chemineaux » des temps modernes mais pas pour tous ! Les classifications des catégories, le tri des bénéficiaires, la hiérarchisation des droits gardent leurs prérogatives, même quand il s’agit de survie voire d’urgence vitale. Les étrangers doivent montrer patte blanche, c’est-à-dire correspondre aux nomenclatures juridiques des statuts qui ouvrent des droits sélectifs, s’appuyant sur des législations discriminantes.

Les étrangers en situation illégale, les migrants sans papier, les réfugiés sans statut, les exilés déboutés ne peuvent bénéficier de l’inconditionnalité de la solidarité de base qui consiste simplement à ne pas laisser quelqu’un mourir aux portes de nos demeures.

C’est cela la signification profonde de la circulaire Collomb : le symptôme d’une société de la sélection.